Alain Burnand nous a quittés…

… pour rejoindre son Sauveur. C’est le pasteur Pierre-André Schütz, ancien équipier de la Croix de Camargue et récent pasteur des Paysans, qui a apporté la prédication lors du service funèbre et qui nous autorise à en reproduire ici le texte.

Dans ma vie d’enfant blessé, je n’ai jamais eu de père, mais j’ai rencontré des Re-pères… Alain était l’un d’eux qui m’a permis de m’ouvrir à une foi joyeuse et enthousiaste et m’a fait découvrir que la foi et la religion n’étaient pas des lois et des commandements mais que croire c’est vivre une relation, un dialogue avec celui que j’appelle « l’ami Jésus tout en sachant bien qu’il est mon Sauveur. » Dieu n’est pas une idée, mes amis, c’est une personne ! Personnellement, Alain m’a accompagné dans tous les hauts et les bas de ma vie avec une pédagogie respectueuse et efficace : Beaucoup d’amour et peu de complaisance ! A l’instar de Rudyard Kipling C’est comme s’il me disait : Cela vaut bien mieux que les rois et la gloire, car tu seras un homme mon fils !

J’aimerai parler ici du pionnier de notre Église qui a été l’un des premiers à comprendre qu’une Église qui n’évangélise pas est en train de mourir. Et il a servi toute sa vie comme un pasteur Chevalier de Lagardère qui disait :  Si tu ne viens pas à Lagardère, c’est Lagardère qui viendra à toi ! Une injonction d’une brûlante actualité en ces temps de déchristianisation de notre monde.

Il a incarné ainsi le verbe que Jésus a confié à ses disciples à la fin de l’Évangile de Matthieu : Allez ! Faites de tous vos contemporains mes disciples car je suis le chemin, la vérité et la vie !

Pasteur de la paroisse de Lignerolles, une paroisse fervente et agricole, il est appelé par les autorités de notre Église à un ministère d’évangélisation ! L’incroyable richesse de sa personnalité, de son intelligence et de ses nombreux talents s’ouvrent et trouvent de belles terres à ensemencer : Comme aumônier avec les pompiers de Lausanne, et aussi les futures paysannes de Marcelin qui se forment avec Madame Badoux, la directrice d’alors ; on l’appelait « la Badoulette ! »

La police de Lausanne aura pu compter de nombreuses années sur lui. Un de mes amis policier de la capitale m’a dit un jour :  Le pasteur Burnand, bien sûr je le connais, c’est mon aumônier !  Et il fera des émules puisque c’est maintenant un ancienne équipière de la Croix

de Camargue qui soutient le moral et développe la spiritualité de nos policiers d’Aujourd’hui formés à Savatan.

Et bien sûr l’équipe Croix de Camargue qui proclame la foi, l’espérance et l’amour par monts et par vaux. L’équipe, un mot clé pour Alain ! Chez nous d’abord, dans les campings, les fêtes de gymnastique, les girons des jeunesses agricoles, les paroisses et j’en passe ! Pour faire court on peut dire que, hors et dans les murs de nos églises, la croix de Camargue a proclamé le Christ dans ce beau pays de Vaud.

Et puis à l’étranger, aussi, le Midi de la France, le Jura, l’Alsace, et puis en Belgique avec Paul Vandenbroek ! Et n’oublions pas le théâtre à l’Eglise avec Bertrand Lipp et Gil Pidoux, les nombreuses proclamations de la naissance, de la mort et de la résurrection de notre Seigneur, en éveillant dans la population le questionnement sur le sens de leur vie et de leur foi. Il sera aussi capitaine aumônier à l’armée avec ses amis et collègues. Avec le pasteur Philippe Zeissig il sera un des premiers à apparaître dans les médias qui se développaient ; à la radio, et à la télévision ils ouvriront le chemin qui voit aujourd’hui une magnifique équipe poursuivre cette mission avec enthousiasme et efficacité.

Et bien sûr au CHUV où il offrait à ses malades et au personnel soignant beaucoup de poignées de courage ! Alain Burnand a toute sa vie clamé avec ferveur et de mille manières que Dieu nous aime ! Ce n’est pas un gendarme, c’est un papa ! Oui mes amis, je le sais et j’en vis : l’amour gagne toujours. !  

Alain sera non seulement un merveilleux auteur et interprète de tant de chansons d’amour et d’espoir, mais aussi au sein de l’équipe un formidable éveilleur de vocations. Des conseillers et conseillères de paroisses, des diacres, des pasteurs, des chrétiens et des chrétiennes vivants et joyeux. Il rejoint ainsi son maître et ami Jésus qui, vivant quelques temps à Capernaüm dit un jour à ses disciples : Quittons cet endroit car je dois proclamer plus loin l’amour de mon père.

Les équipiers et, les passants, Madeleine Delbrel les appelait : nous autres gens des rues, auront pu vivre aussi de merveilleuses rencontres à la suite de Vatican 2 et avec Alain l’œcuménisme sera vécu au quotidien. Quel bonheur de partager avec l’abbé Baud des instants de rire, de partage et de joie de croire et de servir. Je me souviens d’un Comptoir Suisse où la foule s’arrêtait au stand des Églises pour être nourrie d’amour, d’harmonie et de beauté ! Mais oui, pas seulement dans les églises, au Comptoir aussi !

Aujourd’hui, après plus de 50 ans de bons et loyaux services, j’entends l’ami Jésus lui dire : Alain, mon ami, bon et fidèle serviteur, viens te reposer maintenant et rejoins ta chère Claire-Lise, ton amour de toujours. Je vous ai préparé une place pour que là où je suis vous y soyez aussi. C’est la définition même de l’amitié : être avec l’autre !

Mes amis Je suis moi-même, pasteur et heureux de l’être et je crois que nous devons être en phase avec le monde dans lequel nous vivons. Habiter derrière des volets verts et blancs et être payé pour causer cela ne suffit plus ! Plongés en plein monde soyons des interlocuteurs valables et pertinents pour ceux que nous rencontrons et accompagnons. Pas à la mode, non, pas des suivistes de la société actuelle. Gilbert Cesbron ce très cher ami de la famille Burnand a dit, dans son désespoir allègre : « Ne cherche pas à être dans le vent, car les feuilles mortes le sont aussi !  »
Oui mes amis, gardons les yeux ouverts sur ce monde qui change à toute vitesse ; insufflons à notre tour à nos enfants la foi, l’espérance et l’amour, même si ce monde présente aussi pour eux et pour nous une face angoissante, traumatisante et parfois désespérante.

Alain aimait particulièrement les derniers mots du texte du pasteur Jules Vincent intitulé « Les maçons du roi », qu’il a d’ailleurs mis en musique et qui résument, je crois la vie et la vocation du pasteur Alain Burnand au milieu de nous.

Puis disparaître un jour, sans plus laisser de traces
Heureux d’avoir été des hommes au cœur droit
Qui n’ont jamais voulu, dans leur vouloir tenace
Qu’être tous ici-bas, de bons maçons du roi !

Seigneur, j’arrive à toi car j’ai labouré en ton nom.
A toi les semailles.
Moi j’ai bâti ce cierge et son bougeoir
Il est à toi de l’allumer !

Amen

 On peut également retrouver toute la saveur et la profondeur d’un dialogue entre Alain Burnand et Pierre-André Schütz sous:

www.plansfixes.ch/films/alain-burnand

 

 

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