Croix seulement

Le crucifix de la Gironde, celui de Notre-Dame-de-Paris, la croix suisse… Et sans doute bien d’autres, croix demeurées intactes ou presque comme des ex-voto au milieu des incendies ! Incendies de forêts, de bâtiments, de l’histoire. Feux accidentels, intentionnels, criminels.

Croyant ou non, ce genre de dérogations au fléau nous interpelle forcément et nous interroge comme une signature sommaire et énigmatique.  Y a-t-il eu exception ? protection ? Et de main divine ? Admettons, pour la forme, que le hasard n’est pas en cause et énumérons quelques réponses.

Dieu reconnaît les siens, les place « à l’abri de ses ailes », celles du patibulum de la croix, cet instrument de supplice antique. Mais tout le reste, alentour, est dévasté ! Quelle étrange volonté ! Dieu fait-il deux poids deux mesures en épargnant un symbole et en laissant périr des vies humaines, animales, végétales ? D’ailleurs, sur le symbole de la croix, le supplicié n’est-il pas déjà mort sur les crucifix catholiques et orthodoxes ou ressuscité sur la croix vide des Réformés ?

Dieu a répondu aux prières de ses fidèles, ceux de tous les jours et ceux qui crient au feu durant les catastrophes. Dieu a voulu démontrer qu’il n’est pas sourd aux appels de ceux qui le cherchent avec insistance ou seulement avec désespoir.

Dieu a voulu rappeler qu’il se trouvait au milieu de la catastrophe, victime avec le peuple ou la ville, ou la futaie, et indemne par différence de nature. Ou déjà accompli dans l’anéantissement qui précède le relèvement.

Et si nous ne répondions pas, si comme dans La Nuit d’Elie Wiesel, « toute question possède une force que la réponse ne contient plus » ?

Jean-Daniel Rousseil