Le foot est mort… ?

C’est ce qu’un cher ami footballeur – bien connu de vous – m’écrivait en réaction à mon article sur le carton rouge de Balogun. Et cette question me trotte dans la tête depuis lors, sur l’air de « Il ne dira plus cocodi cocoda »…

Figurez-vous que, malgré mon peu d’intérêt pour ce sport, mon ignorance crasse des règles et usages, mon désir de fuite devant les « fanzones » et mon scepticisme à l’égard des politiciens qui vont s’afficher dans les stades pour faire peuple, la disparition du foot, même hypothétique, et tout à fait improbable, me turlupinait.

Traumatisme de mon enfance embarrassée de deux pieds gauches, vouée à ne recevoir le ballon que par hasard et pour le perdre aussitôt, humiliée par le fait d’être le dernier à être appelé lors du choix des équipes, le foot relevait d’une réalité inaccessible, héroïque, quasi-magique à laquelle n’appartenaient que des camarades admirés pour leurs dribbles, leur habileté à se trouver toujours démarqués, leurs reprises de volée, etc. , etc.

Et je me souviens du sentiment, confusément perçu, qu’on ne pouvait guère « être quelqu’un » sans savoir élever un lob, visser un tir ou marquer de la tête. Le foot était une forme de sine qua non, une condition à la condition humaine, le jeu par excellence qui unissait la bravoure et la virtuosité à une sorte de connivence collective propre à la transcendance.

C’est sans doute pourquoi je me prends à espérer que les derniers matches de cette coupe du monde produisent des traits de génie, des prouesses ingénieuses, des trajectoires qui relèvent – pleinement et sans réserve – de l’humain et de la grâce.

Jean-Daniel Rousseil