Rattraper la vie

C’est la fin de cet étonnant roman qui en donne peut-être la clé ! Étonnant, car l’écriture suit les itinéraires complexes, écartelés, gesticulants de Claire qui ne doit son prénom qu’à une exigence de lucidité impossible à satisfaire.

Comment une sexagénaire s’y retrouverait-elle entre une carrière finissante, des amitiés nouvelles, un impulsif sentiment d’injustice, un fils schizophrène et un nouveau « premier amour » hésitant et frémissant ?

S’en référer à l’amie intime, la fidèle compagne de route ? A l’ancien mari, père judicieux et attentionné ? Au nouvel amoureux, délicieusement inconnu, insaisissable et patient ? A son fils, secoué par les tumultes de son âme protéiforme ? Aux médecins, aux amis du groupe de parole, à la voix qui monte durant les marathons ? Ou encore aux stances énigmatiques et désabusées de Bashung qui disent le labyrinthe plutôt qu’elles ne l’éclairent ?

Mais au fait, peut-on jamais « rattraper la vie » ? N’est-elle pas une séquence définitivement hétéroclite, absolument étourdissante, radicalement désaxante ? Ne la cherche-t-on jamais en son lieu ?

Une lecture à fleur de mots suggère que le ton du récit alterne d’une période à l’autre, cherche à régler son timbre pour entrer en écho. Parce que la narratrice se lance à cœur perdu, source et victime d’un amour qui se révèle être le seul chemin possible, si improbable soit-il.

L’épilogue est inattendu. Stoppée net dans sa course, Claire se découvre aimée. Claire se laisse aimer.

Jean-Daniel Rousseil

Nadine Richon, Rattraper la vie, Bernard Campiche Editeur, 2026