Samedi Saint : à quoi bon ?

Dans l’année liturgique, il existe un jour où tout s’arrête. Aucune célébration. Le tabernacle est vide. Aucune bonne nouvelle. Le silence. Le Samedi Saint est un moment béant entre le Vendredi Saint et la Veillée pascale. Le samedi saint est une rupture dans le temps, l’espace et la parole. Hans Urs von Balthasar écrit à ce sujet : « Et il existe ce jour où le Fils de Dieu est mort et où Dieu se tait. Oui, c’est pour ce jour que – comme la Tradition nous l’a montré – Dieu s’est fait homme. »
Le Samedi Saint est le jour du silence de Dieu. Par sa mort sur la croix, Jésus Christ a vécu la mort de l’intérieur. Il a pris sur lui l’extrême de la condition humaine : l’abandon, le silence, la fin. Et c’est précisément là que réside un aveu radical : Dieu n’est pas seulement avec nous quand il fait clair. Il est là aussi – silencieux, attendant, persévérant – dans l’obscurité. Emmanuel – Dieu avec nous – même ici.
Ce Samedi Saint , qu’a-t-il donc à nous dire ?
Le Samedi Saint nous apprend une posture. Ce que cela signifie se révèle dans la lecture des Écritures. Au moment où la résurrection n’a pas encore eu lieu, personne ne savait ce qui allait advenir. Les apôtres ont fui. Seules quelques femmes sont restées – silencieuses, en deuil, persévérantes. Celui qui se confronte à la perte fait face à l’inacceptable. Regarder cette réalité en face exige beaucoup.
Le deuil est un ancrage dans le réel, non une faiblesse. Le deuil est une expérience profondément humaine. Dans le fait de porter le deuil, nous témoignons de ce qu’une personne a représenté pour nous – de la place qu’elle occupait dans notre vie. Le deuil ne ment pas. Il montre ce qui était vraiment.
Nous espérons – sans en être certains. Il est cependant difficile de contempler le Samedi Saint, sans la perspective de la résurrection Et pourtant, c’est précisément ce point qui appartient à la foi. Croire ne signifie jamais une certitude absolue, mais plutôt agir, même si l’issue est incertaine. Espérer représente un pari – non aveugle, mais toujours à nouveau confié à la fidélité de Dieu.
La solidarité plonge, elle ne surplombe pas. Le Samedi Saint est le symbole de la solidarité extrême de Dieu avec les hommes. Cette solidarité ne connaît aucune limite. La descente du Christ dans la mort signifie : personne n’est si perdu que Dieu n’y soit pas. Dieu n’est pas la source de la souffrance – mais il la partage. Par Jésus Christ, Dieu va jusqu’à la mort. Karl Barth écrit : « Tel qu’il [Jésus Christ] est, tel est Dieu. Ainsi il affirme l’homme. Ainsi il prend part à lui. Ainsi il s’engage lui-même pour lui. »
Le Samedi Saint : la présence malgré tout. Au Samedi Saint succède la veillée pascale. Les chrétiens vivent dans la confiance que la souffrance et la mort n’ont pas le dernier mot. La résurrection n’ôte pas son poids à la souffrance – mais elle lui ôte le dernier mot. Dans nos vies, nous traversons aussi des deuils, qui comme les moments de Samedi Saint ont toute leur importance. Celui qui les évite ferme les yeux sur le scandale de la souffrance et de la mort.

Florian Lüthi 31.03.2026