Tu deviens adulte le jour où tu pardonnes à tes parents

Qu’est-ce qui a pris le psychiatre lausannois Gérard Salem d’intituler ainsi son ouvrage ? Ce titre sent le développement personnel, l’édition à compte d’auteur, l’avalanche de poncifs et la psychologie à Bonzon !

Car il s’agit d’un roman épistolaire. Sur le conseil de son thérapeute, un quinquagénaire, financier en burn out, écrit à sa famille et déclenche un échange qui réunit les générations, les continents, les langages et les visions du monde.

Le récit, sans atteindre la dimension des célèbres Liaisons dangereuses, rebondit joyeusement – parfois douloureusement – sur l’incoercible envie de rejoindre, de redire, de retisser le lien familial. Mais aussi sur une série de caractères forgés par leurs choix, leurs contraintes, leurs unions, leurs échecs. Salem suggère que la famille est une fabrique de fictions personnelles et qu’elle mérite d’être revisitée.

Et sans happy end ni bons sentiments, le dialogue reconstitué rend à chacun sa place, légitime les questions, esquisse des réponses. On se plaît à rêver de lancer une première lettre à sa propre famille. « Familles, je vous hais » ? Peut-être, mais je vous écris. Je vous récris.

JDRousseil