Mais que viole-t-on en fait ? Les limites posées par le bon gré et la dignité d’autrui. Bon gré et dignité parfois institutionnalisés en code de lois.
Tout comme la patience consiste – étymologiquement – à supporter, à faire le gros dos, à attendre que cela passe par gain de paix.
Nous méditions tout cela lorsque des coups de feu ont retenti à Bondi Beach et ont claqué aux oreilles à la planète entière.
Par delà l’horreur de cet attentat qui soulève mille questions, mille émotions, mille « Ça suffit ! », que peut-on retenir tout en disant notre compassion pour les victimes et leurs proches ?
On pensait que la vertu du père était d’apprendre la modération, le détachement et même la patience. Or, on apprend que le forfait a été perpétré par un père et son fils. Consternation ! On se souvient avec tremblement du « Tu seras un homme, mon fils » de Kipling qui a tramé notre adolescence et situé le courage dans le renoncement. On s’y accroche.
Mais on apprend aussi qu’une mère a couvert sa fille de son corps pour faire écran au tir meurtrier. On souffle un peu. Oui car la mère a raconté qu’elle demandait à sa fille si elle pouvait encore respirer, craignant de l’étouffer entre elle et le sable.
On apprend encore qu’une gamine de 14 ans en a fait autant pour deux petiots qu’elle ne connaissait pas. Elle était prête à mourir pour cacher ces deux enfants au lieu de prendre ses jeunes jambes à son cou et sauver sa peau.
On découvre que certains sont prêts à donner leur sang pour les autres. A le sacrifier ou à le consacrer. A renoncer à leur propre intégrité, à leur propre flux pour préserver la vie.
Dans la nuit de larmes et d’effroi, ces actes salutaires nous rappellent que nous ne sommes pas seuls devant Dieu et devant les hommes. C’est pourquoi le cœur battant et les lèvres tremblantes, nous pouvons encore dire:
Joyeux Noël !
Jean-Daniel Rousseil